Tribute
Maman, Mamy, Grand Mamy, Cousine Emma, ma tante, ou pour la plupart d’entre nous ici présents, simplement, Emma. Que de titres, tous aussi bien assumés les uns que les autres tout au long de ces 90 années de ta vie. Ce n’est pas moi, du haut de mes 38 ans, qui vais me permettre de résumer ta vie en quelques minutes. Par contre, on pourrait s’y mettre tous ensemble et se souvenir ne serait ce que d’un seul bon moment échangé avec Mamy. Puisque je suis là devant vous et devant Emma, je vais me lancer. Je me souviens de la jeune corneille dénichée aux pieds des grands sapins par Dyane, le chien fidèle de Papy. Elle passa quelques années en compagnie de Mamy. Elle avait droit à un petit bisou tous les matins. Comment pourrai-je oublier les cueillettes de champignons, les salades de pissenlits, les liqueurs de fruits aux recettes typiques de la rue Neuve n°2, l’odeur du poulet qu’on achève de plumer sur la gazinière, les salades de fruits venus en direct du jardin, le couteau qui déchire la croûte du pain coincé entre la main et le torse de Papy, l’odeur des grains de mais que l’on verse dans les mangeoires, les chats qui sentent le foin et … LA fête du 15 août. Jour important pour le village, pour l’église. Date qui marquait aussi la fin de la récolte du miel. Ah les mouches … l’année passée encore tu avais bien en main le couteau à désoperculer et tu faisais défiler les cadres entre tes doigts certes vieillis mais toujours aussi adroits. La présence, l’attention et le réconfort quotidien de Nicole et Jean-Marie t’ont encouragée à poursuivre ta route dans ta maison, dans ton village ; de te permettre de voir s’agrandir ta famille, d’échanger anecdotes et souvenirs avec tes amis et tes voisins. Tu conjuguais la vie à tous les temps, passé, présent et futur, la complicité que tu avais avec le petit Simon, 2 ans et demi, en est une belle preuve. Tu leur manques déjà.
Ce dimanche, dans ta boite aux lettres, j’ai découvert 3 petits mots écrits de ta main, une écriture d’institutrice : je suis au jardin, criez (sous entendu, criez très très fort), nous sommes aux abeilles (sous entendu, revenez plus tard, c’est mieux pour vous), je suis aux poules, j’arrive.
Le dernier petit mot que tu nous laisses pourrait être celui-ci : « je rejoins Gaston, vous, dalé nen trop rade ».
Thierry RENARD- 03/07/2009